La Grande Vie, au-delà du diplôme

La Grande Vie, le Grand Vide

 

J’ai la chienne.

Je n’ai pas peur. Je ne suis pas sur mes gardes. J’ai la maudite chienne.

À l’instar d’une magnifique jeune fille clamant qu’elle est un laideron, je dirai aujourd’hui que je me sens vieille.

Aux côtés de tous mes collègues bacheliers, je serai officiellement et fraîchement diplômée le mois de mai venu. Je ne suis pas prête. En fait, je suis aussi prête pour la Grande Vie qu’un jeune tigre est prêt pour la chasse. Ça devrait être instinctif, mais il manque une trollée de morceaux.

Au-delà du manque évident de compétences pour être une adulte accomplie (je remercie le ciel pour mon seul et unique cours d’économie en 16 ans), je suis victime d’une nostalgie à s’en ouvrir les poignets. Où sont passées ces trois années?

Le primaire, le secondaire, le cégep… Puis un petit vide d’environ 1 mois. Ce sont les parents qui disent ça, d’habitude: « Ça passe donc vite, profitez-en, c’est la plus belle période de votre vie ». À trois semaines du fatidique bal de finissants, ce n’est pas dans une citrouille-carrosse que j’avance, mais dans une fusée nucléaire volée aux Nord-Coréens. Pitié, sortez-moi de d’là, j’étouffe.

J’étouffe, parce que la montre me prend à la gorge comme si les 20 prochains jours devaient inconditionnellement se faire dans la souffrance, dans une attente longue et consciente vers le vide. Quand, pendant toute ta vie, on («on» représentant toutes les personnes ayant fini leurs études autour de soi) te dit que tu vis la plus belle période de ta vie pendant les études, il y a de quoi se sentir étouffé quand la fin de cette période est proche, qu’on peut presque la toucher du doigt. C’est comme dire que passé ce point, ta vie sera sans aucun doute moins belle que maintenant. Méchante motivation.

La Grande Vie, au-delà du diplôme (cette sécuritaire clôture), reste encore à ce jour un grand vide. Certains d’entre nous ont l’avenir bien tracé, mais ce vide n’est pas le manque de travail, au contraire. Il est le vide de moments magiques, ceux qui ne peuvent être vécus que lorsqu’on passe des nuits blanches sur un travail gargantuesque entre amis, ou qu’on ne laisse pas passer 2 jours sans voir ses camarades.

Ce vide-là est aussi celui de l’éducation quotidienne. Pendant 16 ans (minimum), on nous montre que le quotidien, c’est une salle de cours, des travaux et des examens. Et la Grande Vie, elle ? Tous les repères tombent, toutes les directions sont mêlées. Y’a de quoi avoir la chienne.

Une porte se ferme. Elle se ferme sur un royaume aux cieux arc-en-ciel et aux prairies vert émeraude. Et, oui, je sens un petit courant d’air provenant d’une fenêtre qu’on a ouverte ailleurs, mais il semble bien fade, cet air, comparé à celui de l’adolescence et du jeune-adultisme.

Si les Chinois peuvent vivre dans un air pollué à en rendre l’atmosphère opaque, on pourra probablement se débrouiller à tâtons dans ce nouvel environnement. En tombant violemment plusieurs fois, c’est certain, mais en finissant par atteindre la ligne d’arrivée.

– Camille Laventure

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